Journaliste : Le Bataclan sera complet ce soir. Imaginiez-vous être aussi populaires en France ?

Masafumi Gotoh : Non (rires), c’est vraiment incroyable.

Journaliste : Parmi tous les concerts que vous avez faits, quel serait votre meilleur souvenir ?

Kiyoshi Ijichi : Notre main stage au festival Fuji Rock et cette tournée européenne.

Kensuke Kita : Comme Kiyoshi, je dirais le Fuji Rock, ainsi qu’une petite scène sur laquelle on a joué au début de notre carrière. C’était au milieu de la nuit et on s’inquiétait de savoir si le public se déplacerait. Finalement, il y avait plein de monde !

Takahiro Yamada : Mon meilleur souvenir, c’est notre premier concert solo quand on a commencé notre carrière. On suivait avec excitation la vente des billets et ça partait bien.

Masafumi Gotoh : C’était en 2005, on a fait la première partie d’Oasis dans une salle de 10.000 places. Pour nous, c’était LE groupe mythique ! On était très émus et excités.

Akfgfragments : Nous sommes vraiment heureux et fier de vous accueillir en France. Vous utilisez de plus en plus Internet pour diffuser vos concerts dans le monde entier. Est-ce une pratique qui vous tient à cœur et que vous souhaitez développer ?

Masafumi Gotoh : Effectivement, Internet est un outil très important. Il nous est impossible d’offrir un vrai show « à la japonaise » au public étranger. C’est impossible de leur apporter les décors, la scène… tout ce qu’on fait d’habitude pour 20.000 spectateurs. Comment peut-on partager de tels moments avec des étrangers qui ne peuvent pas venir nous voir ? La solution s’appelle Internet. C’est très important pour nous, dans ce sens, de développer la diffusion et le partage de nos lives sur Internet.

Journaliste : Maintenant que vous êtes en France, quel est votre état d’esprit ?

Kiyoshi Ijichi : On arrive de Londres et en comparaison, on mange bien ici !

Kensuke Kita : La moindre ruelle… Toutes les constructions… C’est tellement joli, ici. C’est impressionnant.

Takahiro Yamada : J’ai visité quelques monuments historiques et tout était impressionnant, beaucoup plus grand qu’on ne l’imaginait. J’aimerais rester un peu plus à Paris pour en profiter.

Masafumi Gotoh : À travers toutes ces vues, ces paysages, ces bâtiments et vieilles choses, on ressent la culture et l’histoire dont vous êtes fiers. On le ressent en marchant dans la rue. À côté de ça, à Tokyo, on a refait la gare… Au Japon, le but est souvent de détruire pour mettre autre chose et c’est bien dommage.

Journaliste : Parmi toutes vos chansons, laquelle représente le mieux l’esprit d’Asian Kung-Fu Generation ?

(Le groupe au complet pouffe de rire et chacun regarde son voisin…)

Masafumi Gotoh : C’est difficile comme question… (long moment d’hésitation) Trouver la bonne réponse sera mon devoir pour le prochain concert.

Journaliste : Vous avez connu différentes phases musicales durant votre carrière : plutôt punk-rock au départ, puis un style plus aérien, pop et expérimental… Pensez-vous pouvoir encore faire évoluer votre style, et si oui, dans quelle direction ?

Masafumi Gotoh : Une évolution, oui… Mais on ne sait pas vraiment ce qui arrivera sur le prochain album !

Journaliste : Votre musique a bien évolué. Qu’est-ce qui vous motive et vous pousse encore à faire de la musique aujourd’hui ?

Masafumi Gotoh : C’est difficile à expliquer exactement tant il y a de raisons différentes qui nous motivent. Quand on était ados et dans la vingtaine, c’était plutôt l’ennui, la colère… une forme d’implosion qui constituaient la base, la motivation de notre musique. Au fur et à mesure, en vieillissant, on recherche davantage l’harmonie entre les membres du groupe. Le son nait de la beauté de cette association. On essaie aussi de faire sonner le rock à la japonaise. Trouver notre style, notre nationalité, notre identité… c’est aussi ça qu’on cherche dans notre musique, notre art… On pense à notre pays… Bref, plein de raisons différentes…

Journaliste : L’illustrateur Nakamura Yûsuke semble indissociable de l’identité d’Asian Kung-Fu Generation. Est-ce que vous le considérez comme un membre du groupe ? Asian Kung-Fu Generation peut-il exister sans lui ?

Masafumi Gotoh : Effectivement, c’est très juste, Nakamura Yûsuke est le cinquième membre du groupe et il va continuer de nous faire des illustrations jusqu’à la mort. C’est sûr et certain ! On souhaitait l’amener ici avec nous, lui installer une chaise à cette conférence à nos côtés, mais… il est têtu comme un âne. Désolé, c’est un risque pour notre popularité mais on n’a pas réussi à le faire venir.

Journaliste : Qu’a déclenché en vous la catastrophe nucléaire Fukushima pour avoir créé le journal gratuit The Future Times et le festival No Nukes avec ses scènes alimentées en énergie solaire ?

Masafumi Gotoh : Bien avant l’incident, on commençait à s’informer sur les centrales nucléaires et le recyclage des déchets, très encombrants et dangereux. On était donc bien au courant de la situation avant l’accident nucléaire de Fukushima. Au Japon, il existe une forte pression quand on aborde des sujets politiques, notamment le nucléaire. Je n’ai donc pas pu commencé concrètement mon action avant l’accident. C’est un grand regret car, si j’avais agi plus tôt, les choses se seraient peut-être passées différemment, des gens se seraient peut-être réveillés. C’est un grand regret et une motivation aujourd’hui, pour faire toutes ses actions.

Journaliste : Est-ce difficile d’être engagé, ici contre le nucléaire, pour un groupe; ou est-ce un devoir ?

Masafumi Gotoh : En ce qui nous concerne, on pense que c’est un devoir. En réalité, la plupart des célébrités, des chanteurs, des rockstars, des acteurs… les personnalités populaires ne parlent pas, ne disent rien à cause de la pression. Ces gens ne restent pas muets parce qu’ils ne pensent rien. Leur problème, ce sont les sponsors qui se retireraient. Sans sponsors, ils ne pourraient plus travailler. De notre côté, on reste un groupe indépendant. Le journal The Future Times est par exemple autofinancé. Tout est assez autonome et on veut continuer de travailler comme ça. Par rapport aux sociétés occidentales, être engagé est une attitude à éviter au Japon. En tant que Japonais, je me dis que je dois le faire, je n’ai pas honte et je ne me sens pas coupable. J’aimerais que cet état d’esprit se répande au Japon, à travers des actions comme les miennes.